LE SEIGNEUR DES ANUS
Le Seigneur de tous les Anus,
Dans sa forteresse imprenable,
Rêvait de posséder le sphincter des minables
Petites bites, petits culs,
Qui vivaient tous heureux, tous joyeux, tous aimés
Dans un endroit nommé le Milieu de la Raie.
L'un d'entre eux notamment possédait un pouvoir
Caché dans son anus tout noir,
Sans lequel sa puissance était inopérante;
Ambition d'autant plus troublante
(Pour qui connaît les culs, les petits et les grands),
D'aller croire qu'un bel et jeune adolescent
Peut s'aller cacher dans son corps
Un cul en or.
En or noir, mais en or, quoi qu'en dise la fable,
Qui jamais sur un vit ne s'était mis à table
Et dont l'unique possession
Pouvait mettre en péril toute la race humaine
Si jamais le Seigneur lui possédait le fion
En l'enfilant comme une gaine
Sur gros membre en érection.
Saramone déjà était à sa recherche.
Parcourant le pays et troussant tous les culs,
Décapitant tous les vaincus,
Le magicien félon, aux ordres de son Maître,
Cherchait en vain l'anus aux pouvoirs maléfiques,
(Notre rondelette relique)
Avant que le jeune Frolon
N'aille poser son troufignon
Sur la montagne du Condor
Pour y déféquer son trésor.
Grossbaff l'avait bien prévenu :
"Les hommes de la Nuit veulent tous nos derrières,
Sachant qu'ils sont moins défendus
Lorsque nous sommes en prières
Ouverts à tous leurs gros Jésus.
Mais le tien, cher Frolon, possède un privilège,
Je ne sais trop quel sortilège,
De troubler la raison de quiconque le voit.
Aussi, cher Petit, méfie-toi,
De tes amis, de tes parents, voire d'un oncle
Affriandé par ce furoncle,
Et qui te cueillerait la rose
(A peine éclose)
Sous prétexte qu'il est le Poète du Roi,
Il te prendrait l'anus en toute bonne foi.
Ne te courbe jamais devant une biroute,
Prends garde à la dysenterie,
Au moindre gland, au moindre doute,
A la moindre plaisanterie,
Regarde l'horizon, bée aux lointains bleuâtres,
Feins de t'intéresser aux nuages d'albâtre,
Prends ce bel air bovin,
Des vaches qui regarderont toujours passer les trains,
Décourage l'amour par des rêvasseries.
Ne te détourne pas de ton but : le Condor
Où tu dois conchier ton fabuleux trésor.
A ce prix seulement nous dormirons en paix"
- Me sera-t-il permis de faire quelques pets,
Avait objecté l'enfançon,
La choucroute et le saucisson
Me donnent quelquefois des envies printanières
De m'exprimer par le derrière ?
- Méfie-toi toujours des odeurs.
Les pervers sont friands de ces tendres senteurs
Et rien n'arrête plus leur désir de pourfendre
Un cul qui ne veut pas se rendre.
A trop chatouiller les narines
On risque de voir une pine
Se dresser pis qu'un gros serpent
Qui raffole des excréments.
Si tu veux t'exprimer dans la musique anale,
Choisis l'heure matutinale.
L'heure où les fragiles narines
Tout engourdies dans leurs odeurs
Répugnent aux senteurs de l'urine
Et de la merde, sa consoeur.
Et maintenant, file au Condor.
Tu tiens dans ton cul notre sort,
Notre esclavage ou notre ivresse
De sortir libres de tes fesses."
Quelques compagnons d'arme accompagnaient Frolon
Un archer damoiseau et le bel Aragonn
D'autres encore, des purs et durs, prêts à se battre
Pour sauver des méchants le prince au cul d'albâtre.
Un soir, comme ils campaient au pied du Grand Condor
(On voyait sa flamme rougeâtre
Palpiter au loin comme un âtre)
Aragonn lui parla de sa belle Tyler,
Des seins de lys, un cou de cygne, le cul rose.
Encore qu'il n'ait jamais profané cette chose,
Il en avait gros sur le gland
D'attendre son consentement.
Malgré sa biroute en argent
Massif, avec des ornements,
Il attendait patiemment le mariage
Pour lui faire la belle ouvrage
Plutôt qu'un enfant dans le dos.
- "J'aimerais bien vous soulager de ce fardeau,
Lui dit Frolon, tout ébloui
Par ce récit.
L'or et l'argent feraient merveille
Un enculade sans pareille
Aux dires de la prophétie.
Mais pour sauver le genre humain
Je dois garder mon popotin
Vierge de tout épieu, au moins jusqu'à demain.
Mais après, nous pourrions alléger votre peine
Si vous le voulez bien, dans le creux de ma gaine".
- J'aime ma Mie du fond du coeur, dit Aragonn.
Mais le temps passe et mes grosses glandes trépassent
Je ne saurais vous dire non !
Encore que, dès ce soir, sans m'offrir votre nasse,
Votre bouche pourrait m'être d'un grand secours.
Jouez-vous quelquefois du flageolet baveur,
Du pipeau, façon troubadour ?
- J'en ai souvent joué avec mon jeune frère,
Ou avec mon cousin, la clé en rut majeur,
Mais jamais je n'ai pris une bite en argent
Entre les dents.
- Permettez-moi, dès lors, de vous offrir la mienne.
Elle a vu du pays : Londres, Venise, Vienne
C'est un must comme on n'en fait plus !
Que vous dirais-je de son jus ?
Sorte de crème anglaise au parfum de Hollande
Gruyère, romarin, lavande
Avec un zeste de cumin,
C'est divin !
A moins, évidemment, que vous l'aimiez nature ?
- "La Nature a du bon, répondit le jeune homme,
J'en ai goûté deux doigts lors d'un voyage à Rome,
D'un jeune cardinal qui cherchait à tout prix
D'autres vases d'Arimathie.
Mais, tout bien respiré, la tige et les parties,
J'apprécie que l'odeur du suint,
Soit épicée de romarin.
Vous permettez ?"
Quand ils eurent fini leurs petites affaires
Et vidé tour à tour leurs pesantes rapières,
Allégés d'un grand poids, ils prirent leur essor
Vers le grand sommet du Condor.
-C'est ici, dit Frolon, que je dois consumer
L'anneau qui me brûle les fesses.
Messeigneurs, tournez-vous devant cette grand-messe,
J'aime bien conchier sans être dérangé.
Ainsi fit-il. L'anneau flamba comme une torche.
Il eut le sentiment d'avoir un nouveau porche
Pour accueillir tous ses amis.
Alors, on entendit sur la terre un grand cri.
Et le Mal, le Seigneur des Anus en personne,
Hurla plus fort que Perséphone
Lorsque Hadès, d'un grand coup de sa barre de fer
L'encule au fin fond des Enfers.